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Opinion

Une nouvelle forme de leadership pour lutter contre le burn-out

20 January 2012

DE KLAUS SCHWAB

Le burn-out est un état physique et mental associé à un épuisement profond, du stress, du pessimisme, du cynisme, un repli sur soi et une attitude toujours sur la défensive. Si ces symptômes sont inquiétants pour la personne concernée, ils peuvent être désastreux dans le monde des affaires. A l'approche de la réunion annuelle du World Economic Forum à Davos, la menace d'un burn-out est perceptible. J'espère que la réunion de cette année donnera naissance à un nouveau modèle de leadership capable de chasser ce malaise.

Après une année de bouleversements majeurs, nous sommes nombreux à avoir l'impression d'assister à la désintégration d'un système mondial : crise financière et crise de la dette, chômage, paralysie politique, inégalités sociales, crises alimentaires et énergétiques... la liste est sans fin. Confrontés à tant de problèmes simultanés étroitement liés, nos leaders atteignent leurs limites.

Dans ce type de situation, la réaction habituelle consiste à appeler à un leadership plus fort. Pourtant, les événements de l'année passée ont montré les limites du leadership traditionnel. Préoccupés par des problèmes internes, précipités d'une crise à une autre, les leaders ont fait peu de progrès concrets. Au contraire, nous avons surtout observé la mise en oeuvre de solutions de fortune dans un monde qui se délite. Rien d'étonnant donc à ce que les gens de la rue perdent confiance dans nos leaders. Les différents mouvements d'Indignés et le printemps arabe sont des signes de cette frustration et de cette détresse parfaitement compréhensibles.

Il y a urgence à agir. En plus de nouveaux modèles pour régler tous ensemble nos problèmes internationaux, nous devons créer une nouvelle forme de leadership efficace dans le monde moderne, leadership qui repose à la fois sur une vision claire et des valeurs afin de faire face aux difficultés actuelles. L'association de ces deux éléments servira de boussole aux leaders et les aidera à prendre leurs décisions.

Pourquoi une vision ? Pour bien comprendre et gérer efficacement notre monde globalisé. Le progrès technologique, l'interconnexion et la dispersion du pouvoir ont contribué à faire naître une nouvelle réalité complexe, qui requiert de la clairvoyance. Une vision est donc essentielle pour permettre aux leaders de distinguer et de saisir les opportunités plutôt que de succomber à la paralysie du burn-out.

Les valeurs servent pour leur part à instaurer la confiance et à soutenir les nombreuses actions engagées. Mais les valeurs associées à un véritable leadership doivent prendre en compte bien plus que les bénéfices à court terme pour les actionnaires ou le prochain sondage sur les intentions de vote ; ce n'est qu'ainsi que nous parviendrons à créer un vrai lien et une interaction sérieuse entre les gens et leurs leaders. Le pouvoir et l'information sont aujourd'hui très dispersés, et les décisions ne peuvent être mises en oeuvre que si les gens comprennent la logique qui les sous-tend. Tandis qu'une vision illustre l'approche à long terme, les valeurs constituent l'axe et la finalité de ce nouveau leadership.

En dépit des perspectives économiques désastreuses, le fait que notre réunion annuelle 2012 à Davos va accueillir un nombre record de participants est révélateur. Cela prouve que les leaders ont besoin de se retrouver pour traiter des problèmes considérables qui nous attendent. Davos offre une véritable opportunité aux décideurs du monde des affaires, des cercles gouvernementaux et de la société civile d'élaborer une vision conjointe et des valeurs fondées sur la collaboration. La réunion annuelle en particulier aura une grande importance pour remplacer notre système radar actuel - gestion des crises à court terme, en fonction de la situation -par une boussole nous donnant une direction claire basée sur des valeurs à long terme.

Le principal sujet à l'esprit de tous ceux qui se rendront à Davos sera à n'en pas douter le rééquilibrage et le désendettement qui redessinent notre économie mondiale. Mais n'oublions pas que l'objectif de la réunion annuelle est aussi de veiller à ce que les leaders assument leurs responsabilités avec intégrité morale et à ce que l'esprit d'entreprise soit mis au service de l'intérêt public. Cette année, la réunion annuelle a pour thème : « La grande transformation : façonner de nouveaux modèles », parce que nous sommes précisément dans une ère de profond changement, qui rend urgents de nouveaux modes de réflexion pour remplacer la gestion traditionnelle des affaires courantes.

Klaus Schwab est fondateur et président du World Economic Forum

This article appeared Les Echos