Tout va aujourd’hui beaucoup plus vite qu’avant. L’incertitude est alors omniprésente dans les processus de l’entreprise et implique aux collaborateurs de savoir composer et laisser place à l’improvisation. La volonté de tout maîtriser, d’organiser, de planifier et de contrôler chaque événement répond à un objectif principal : rassurer l’entreprise et ses salariés, face à des défis qui ne cessent de prendre de l’ampleur à l’ère du numérique.

Pour être efficaces sous le torrent d’informations et dans un contexte d’accélération continuelle des activités, il est essentiel de prendre des décisions plus rapides, plus immédiates et de laisser place à l’improvisation. Le manager, comme le salarié, n’a plus le temps de créer et d’actualiser constamment d’interminables « To-Do lists ».

Intégrer l’incertitude aux projets

Ce n’est pas un hasard si de nouvelles méthodes de gestion de projets ont vu le jour. Si le cycle en « V » a, à une époque, contribué à structurer l’activité des entreprises via la mise en place de procédures, avec l’accélération du temps et le contexte de plus en plus mouvant des activités de l’entreprise, il ne permet plus de gérer des projets incluant une dose de plus en plus forte d’incertitude. Ainsi les méthodes Agile, Scrum, Kaban sont nées pour « intégrer » l’incertitude aux projets, en misant plus sur les individus et les interactions que sur les processus et outils. L’essentiel est de fixer un objectif clair, que l’on décompose en mini-objectifs plus faciles et plus rapides à atteindre.

Lâcher prise et se faire confiance

Si les entreprises doivent désormais vivre quotidiennement avec l’incertitude et s’efforcer d’en tirer parti pour améliorer leur créativité, les salariés doivent faire de même. Le fait d’accepter de ne plus tout planifier, ni tenter de tout prévoir, engage chacun à accepter de se faire confiance, d’écouter ses intuitions et de s’ouvrir aux autres. Accepter le doute et l’incertitude, c’est apprendre à vivre avec : il est de toute façon impossible de les éradiquer.

Dans le Jazz, lorsqu’un musicien maîtrise ses gammes, il est capable d’improviser des heures durant. Dans l’entreprise, cette capacité à improviser, à réagir rapidement, à gérer de l’imprévu devient une compétence essentielle. Il existe souvent plusieurs chemins pour parvenir à un objectif. Mais le plus efficace est généralement celui qui fait appel à l’intelligence collective, au partage des expertises et à la collaboration. Quand le Lean Management recherchait la maîtrise absolue, l’entreprise moderne tend vers l’agilité, la créativité, la réactivité et l’adaptabilité.

Comme deux solos de Miles Davis

C’est un peu comme la différence entre l’informatique « binaire » traditionnelle et l’intelligence artificielle qui ne tient pas seulement compte de deux possibilités – « 0 » et « 1 », « oui » et « non », etc. – mais également de tout ce qui se situe entre le 0 et le 1. Ou encore comme le Cloud : on ne range plus les données aujourd’hui dans un tiroir bien précis, mais on s’attache plus aux corrélations entre elles. Les anciens modèles disparaissent.

Chercher à tout maîtriser dans le contexte actuel est une gageure. La vie et le développement de l’entreprise dépendent d’une multitude de paramètres qu’il serait vain de tenter de catégoriser précisément. Le mythe de l’ERP qui devait gouverner toutes les activités de l’entreprise a vécu. La leçon que nous enseignent les méthodes Agile est de toujours bien garder en tête son objectif. Le chemin pour l’atteindre peut varier. Comme deux solos de Miles Davis, sur le même thème, à 24 heures d’intervalle. L’improvisation n’est pas le fruit du hasard. La maîtrise des gammes permet de rendre la musique plus belle, d’explorer des territoires inédits, de sortir des habitudes dans lesquelles la planification nous a cantonnés. Ainsi, l’incertitude qui était une ennemie, devient un atout pour le développement de l’entreprise.