La blockchain : rarement un concept technologique aura été aussi souvent cité … et aussi peu compris.

Il faut bien l’avouer, appréhender un système complet de transactions et de vérifications, totalement distribué et fondé sur une logique algorithmique complexe nécessite disons un peu de concentration !

Au-delà de la simple prouesse technique, comment comprendre la blockchain et, en particulier, comment va-t-elle révolutionner le monde du recrutement ?

De la technologie et des transactions

L’image la plus fréquemment utilisée pour décrire la blockchain est celle du livre de comptes ou du grand registre, accessible à tous, dans lesquels les informations sont inviolables et incontestables. En d’autres termes, il s’agit d’un outil garantissant l’authenticité des transactions, sans qu’aucune personne (physique ou morale) ne puisse décider de changer ce qui est « verrouillé » par la blockchain. Cette définition, certes succincte et non-technique, est cependant suffisante pour comprendre la suite de cet article.

Si vous souhaitez mieux comprendre son fonctionnement théorique, je vous recommande la lecture de cet excellent article où l’usage d’une chaîne de bloc est matérialisé par la corvée de vaisselle.

Revenons à la question centrale : en quoi la blockchain peut-elle révolutionner le monde du recrutement ?

La réponse pourrait tenir en trois mots : la relation de confiance.

La blockchain pourrait rapidement s’imposer comme un lien de confiance entre employeurs et employés

La blockchain, arme de confiance massive

La confiance est à la base de notre système économique (et social ?). Elle détermine la qualité et la durabilité des échanges et des relations. Le recrutement, en tant que système d’échange – un travail contre une rémunération, dans sa plus simple expression – a un besoin impérieux de confiance. Pour accepter un poste au sein d’une organisation, on a besoin d’avoir confiance dans sa capacité à nous donner les moyens de travailler, de proposer un management efficace, des formations adaptées, etc.

Le recruteur, de son côté, doit faire confiance à son futur collaborateur sur ses compétences déclarées, sa motivation, sa disponibilité, son honnêteté, etc. En garantissant de manière certaine et décentralisée la validité des transactions, quelles que soient leur nature, la blockchain concourt à faciliter le recrutement.

Voici trois application concrètes :

1 – L’authentification des compétences

Quoi qu’on en dise, un CV n’est jamais rigoureusement exact. Il y a toujours un petit mensonge, soit par omission, soit en travestissant la vérité, soit en inventant purement et simplement des compétences et des diplômes.

Grâce à un système de validation fiable, distribué au sein des établissements de formation, on pourrait non seulement s’assurer qu’un candidat a dit la vérité sur l’obtention d’un diplôme mais aussi vérifier sa performance sur certains modules spécifiques, par exemple un score très élevé en anglais ou en marketing digital.

Pour cela, il suffirait que les universités ou les grandes écoles publient certaines références des étudiants chiffrées par la blockchain. Le candidat disposerait d’un portefeuille permettant d’accéder à ces informations. Lorsqu’une entreprise en demande le droit, le candidat peut fournir un accès direct à tout ou partie des données. Cela permettrait d’accélérer considérablement l’ensemble du processus tout en réduisant les coûts d’administration pour les établissements.

On pourrait aller plus loin en indexant les certifications professionnelles ou les niveaux d’habilitation pour certains métiers sensibles. Des travaux sont en cours pour construire l’infrastructure nécessaire à ce type de services. Par exemple, Blockcerts.org est une initiative du MIT Media Lab visant à fournir des outils open source pour valider des enregistrements numériques sur une blockchain.

Une telle mise en place soulève bien sûr des préoccupations valables, notamment en matière de confidentialité.

2 – Une meilleure transparence pour le candidat

Les entreprises sont également confrontées à une exigence de transparence et d’authenticité, comme cela avait été longuement débattu lors de la #rmsconf 2016. Désormais, 79% des candidats font des recherches sur une entreprise avant de postuler et 46% font ces recherches directement sur le site carrière de l’entreprise (Forbes).

La mise à disposition de données de l’entreprise validées par la blockchain pourra constituer un atout supplémentaire considérable pour sa marque employeur. Une organisation aura ainsi la possibilité de mettre en place un système d’évaluation interne infaillible pour que les collaborateurs jugent en toute transparence leur employeur ou leur recruteur, à la manière d’un Glassdoor. Autre exemple, un candidat pourra s’assurer de la mise en place effective de programmes de formation ambitieux, ou de la prise en compte effective d’actions en faveur de la Qualité de Vie au Travail (QVT).

En permettant la diffusion d’informations sûres et de qualité, la blockchain devient dès lors un levier puissant de l’Inbound Recruiting.

Les informations validées par la blockchain seront utilisées en Inbound Recruting

3 – Une désintermédiation accrue du processus de recrutement

Une conséquence prévisible de l’instauration de la blockchain dans le recrutement est la possibilité, pour des opérationnels, d’accéder à des informations précises sur des candidats sans passer par certains acteurs comme les départements juridiques, les agences de recrutement ou encore les personnes chargées de la vérification des antécédents. Ce processus disruptif pourrait également toucher les réseaux sociaux professionnels (à commencer par LinkedIn), considérés comme moins fiables car purement déclaratifs.

En parallèle, de nouveaux services pourraient voir le jour pour faciliter l’accès aux données grâce à des IHM (interfaces homme-machine) graphiques pertinentes comme projette de le faire la société Engzig. Toujours dans la lignée des actions d’Inbound Recruiting, les recruteurs pourront comparer les informations récoltées grâce à leur site carrière avec des bases de données publiques pour qualifier leurs leads candidats avec une précision jamais atteinte.

Un boulevard technologique, un mur juridique ?

La blockchain, de par sa capacité à valider les faits et les transactions, va certainement bouleverser un grand nombre de pratiques de recrutement, et plus généralement du domaine RH. On peut considérer que l’aspect technique de la blockchain est validé, comme l’atteste le succès des monnaies alternatives tels le Bitcoin, l’Ethereum ou encore le Zcash : un système capable de bousculer à ce point le monde bancaire (même UBS le reconnaît) devrait sans difficulté pouvoir s’attaquer au monde des ressources humaines.

Néanmoins, tous les détails de l’utilisation effective de cette technologie sont loin d’être résolus, notamment du point de vue juridique. L’enregistrement automatique de données personnelles fera peser certaines menaces sur la vie privée et sur le droit à l’oubli – la blockchain n’oublie jamais.

Le casse-tête réglementaire posé par la blockchain constituera certainement l’ultime frein à la généralisation du procédé.