Définir la qualité et mettre en place une démarche-qualité durable au sein des établissements d’enseignement supérieur dans le monde francophone est un défi auquel de nombreux acteurs de la francophonie s’attaquent actuellement, comme l’a rappelé le colloque annuel de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) qui s’est tenu à Beyrouth les 7 et 8 novembre.

Cependant, tous les établissements ne sont pas égaux. En République Démocratique du Congo (RDC) la massification de l’enseignement supérieur est devenue un problème urgent : assurer la qualité de nos établissements est désormais question prioritaire.

Favoriser la relève académique

Le territoire de RDC, deuxième pays francophone au monde après la France, fait quatre fois la taille de l’hexagone, avec une population d’environ 77 millions d’habitants, dont moins de 40 % vivent en milieu urbain. Or, le gouvernement a lancé depuis une vingtaine d’années, une vaste politique d’essaimage de l’enseignement supérieur. En 1990 il n’y avait que trois grands pôles universitaires réunis autour de l’université de Kisangani, de Lumbubashi et de Kinshasa accompagnés d’une quarantaine d’institutions dans le pays.

Aujourd’hui nous avons plus de 1 000 établissements d’enseignement supérieur, de dimension et infrastructures différentes, avec une hausse de la privatisation. Pourtant, la situation politique et économique du paystrouble toujours le système éducatif congolais : beaucoup d’établissements non pas la capacité d’accueillir correctement les apprenants. Les spécialistes déplorent aussi un manque généralisé de services aux étudiants (bibliothèques, campus numériques) et une obsolescence des programmes face aux demandes et besoins des apprenants.

Par ailleurs, cette prolifération n’a pas toujours été accompagnée de politiques publiques adéquates : ainsi en 2006 nous comptions 1 965 professeurs d’université qualifiés pour 604 000 étudiants, soit un ratio de 1 enseignant pour 308 élèves !

Or l’OCDE préconise un ratio de 25-30 élèves par enseignant environ (certains pays comme la Grèce ou la Suède atteignant même le ratio de 1 professeur pour 11 élèves).

Ainsi, certains de nos professeurs sont obligés de se déplacer dans le pays pour compléter les manques. Notre pays n’est pas en capacité de former suffisamment de professeurs et peine à valoriser ce métier. Jusqu’à début octobre, les enseignants ont manifesté pour que leur salaire journalier moyen soit réévalué au taux budgétaire en vigueur (soit 1 640 francs congolais contre 920 actuels, entre 1,5 et 2 euros par jour) ce que le gouvernement a accepté. Mais la volatilité du franc congolais demeure trop importante et entraîne une baisse régulière du pouvoir d’achat des fonctionnaires.

Instaurer la relève académique est donc la priorité, et cela ne peut être possible qu’en maîtrisant la qualité de la formation des professeurs et de l’enseignement dispensé. Nous avons ainsi noué des partenariats avec des organisations telles que l’AUF afin de mettre en place des programmes et formation de démarche-qualité.

Le gouvernement s’appuie aussi depuis quelques années sur des programmes afin d’attirer des enseignants et chercheurs issus de la diaspora congolaise pour renforcer le corps professoral.

Cela passe aussi par les nouvelles technologies : à l’université de Kinsangani, moins de 40 % du personnel maîtrise les outils numériques. Or il s’agit d’un point crucial pour améliorer la gouvernance des universités. Là aussi, l’AUF peut nous soutenir.

Inadéquation avec le marché

Aux questions de formation s’ajoute le décalage entre le contenu enseigné et la réalité du marché. Beaucoup d’étudiants décrochent : à Kisangani, où la réforme LMD n’est pas encore en place, nous comptons 1 500 diplômés poursuivant sur un master par an. Mais seulement 200 environ continuent en doctorat. Et, selon des chiffres de la Banque mondiale de 2012, sur 9 000 étudiants sortant chaque année des universités congolaises, moins de 100 trouvent du travail (le taux de chômage de la population est estimé à 43 %).

Nous avons besoin de formations qui correspondent au marché du travail africain et international si nous voulons que l’université participe vraiment à la croissance économique du pays. Cette dernière, projetée à 0,9 % sur la période 2017-19 a subi pleinement le tassement du cours du pétrole depuis 2014.

Les expériences positives en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest, où l’AUF est notamment intervenue pour soutenir la démarche qualité des formations, peuvent être reproduites en RDC.

Aujourd’hui, nos étudiants délaissent les sciences, les formations technologiques ou appliquées pour s’orienter vers les SHS où il existe très peu de débouchés. Nous devons changer cela.

L’université de Kisangani est spécialisée en sciences de la terre et a fait de la biodiversité et de l’environnement un axe central de son programme de recherches, qui mérite d’être développé. À Lumbubashi, il s’agit de la géologie ; Kinshasa est plus spécialisée en droit et sciences politiques.

La solidarité et le soutien du réseau francophone nous permettront de développer ces secteurs de spécialité et d’accompagner les étudiants congolais vers plus d’autonomie.