Jeune pousse spécialisée dans la robotique d’assistance, Wandercraft, mise sur orbite par le trident Matthieu Masselin, Alexandre Boulanger et Nicolas Simon, tous diplômés de Polytechnique, a conçu à force de travail acharné et de persévérance un exosquelette permettant aux paraplégiques de retrouver leur autonomie et se déplacer debout. Une avancée considérable en la matière.

Un pas de géant. « Dix patients ont pu tester l’exosquelette depuis décembre 2016 et tous, sans exception, ont pu renouer avec la station debout et marcher », se félicite, à juste titre, Matthieu Masselin l’un des trois (jeunes) chefs d’orchestre de Wandercraft, start-up fondée en octobre 2012 qui, depuis, a été étoffée par la présence de Jean-Louis Constanza, le doyen de l’équipe. Associant expérience et sérénité, vertus cardinales inhérentes à ce type de projet haletant et au long court, la « pépite » Wandercraft réalise, pas à pas, un véritable travail d’orfèvre. Plus que cela, un sacerdoce : permettre aux handicapés et aux personnes atteintes de myopathie de reprendre « leur marche en avant » parfois rompue brutalement. Impressionnant de prime abord, l’exosquelette se dresse tel un monstre d’acier mais recèle en son cœur un dispositif d’une grande complexité à l’équilibre savamment ciselé. « L’exosquelette abrite en son sein mécanique, électronique, soft. Le tout sous l’égide de contraintes médicales particulièrement exigeantes en la matière »,souligne Matthieu Masselin. Fort de ce postulat, quelles sont les véritables capacités de ce « robot marcheur » ? « Il est capable de faire des lignes droites de 10 mètres sans assistance, le tout en disposant d’une sensation de marche très équilibrée », développe l’entrepreneur.

Bien entendu, Matthieu Masselin et ses équipes, avec lesquelles il est particulièrement soudé, a franchi une à une les marches du développement et aimerait que cela aille « plus vite » mais sait effectivement que les maîtres mots de ce projet demeurent patience et sérénité. « A terme, nous voulons rendre la marche encore plus stable avec des mécanismes de rattrapage des chutes, de la stabilisation active, améliorer la maniabilité, réussir à se tourner, aller dans une bonne direction, ou encore franchir des obstacles ». Un cahier de doléances particulièrement fourni, mais loin d’être impossible, et qui tient particulièrement en haleine la jeune équipe de Wandercraft, consciente que les progrès réalisés depuis 2012 témoignent de la solidité d’un projet où, en permanence, le meilleur semble être à venir. Date de mise sur le marché prévue : fin de l’année 2018. « Nous allons consacrer le début de l’année à la rédaction de la documentation, l’achèvement du prototype, avant de soumettre notre dossier aux autorités compétentes », détaille Matthieu Masselin.

Pas d’usage grand public « pour l’instant »

Si le potentiel de ce marché est particulièrement intéressant, Wandercraft prend grand soin de ne pas se disperser. « L’exosquelette, en l’état, est dévolu aux paraplégiques car il faut contrôler son buste pour pouvoir l’utiliser », précise le cofondateur, et « l’exo », selon le vocable consacré, sera exclusivement destiné à une clientèle de médecins, kinésithérapeutes et autres centres de soins. Interrogé sur une possible « démocratisation » et un usage pour le grand public, Matthieu Masselin, fidèle à cette volonté de relever les défis un à un, concède que la question pourra se poser mais que ce n’est pas d’actualité. « Les patients pourront utiliser l’exosquelette en centre de soins et ainsi constater les bénéfices sur leur santé mais pour l’heure le grand public n’est pas notre cible ». Une manière d’éviter de susciter une attente trop importante et éviter ainsi un effet décevant. Wandercraft préférant par ailleurs proposer une première mouture utilisable auprès de professionnels de santé.

Mais les premiers tests, réalisés peu ou prou il y a un an jour, ont permis de mesurer l’immensité du travail accompli pour la start-up qui, en septembre dernier, a levé 15 millions d’euros pour poursuivre sur son excellente dynamique. « C’était un moment particulièrement stressant et émouvant pour nos équipes qui voyaient se matérialiser sous leurs yeux », souligne Matthieu Masselin. Mais une émotion encore plus ardente envahissait les premiers « vrais patients » au moment de revêtir l’exosquelette. « La plupart, et les proches qui les accompagnaient, avaient les larmes aux yeux », souligne l’entrepreneur. Le modus operandi de l’installation participe également à cette sensation à nulle autre pareille pour le patient privé de cette faculté de se mouvoir librement. « Pour enfiler l’exosquelette, on s’assoit sur une chaise puis on s’élève progressivement et les utilisateurs ont cette impression qu’ils n’avaient plus connue depuis un certain temps : celle de se sentir à nouveau grand », concède, les yeux brillants, le jeune homme.

Les pieds sur terre

Des progrès que la jeune entreprise, portée par des investisseurs particulièrement fiers de participer à un tel projet de santé public, espère encore plus grands à l’avenir… tout en prenant soin de ne pas faire de promesses non tenables et ne pas se laisser griser. Mais les trois jeunes hommes, auréolés de l’expérience de Jean-Louis Constanza, ont les deux pieds bien ancrés sur terre « Ce n’est évidemment pas quelque chose avec lequel le patient va pouvoir prendre le métro, mais cela redonne de l’espoir », souligne Matthieu Masselin. Et « au royaume de l’espoir, il n’y a pas d’hiver » comme le dit un proverbe russe. Un petit pas pour l’homme, un grand pour l’humanité.