De la Chine Xi Jinping à l'Allemagne de Merkel, en passant par la Turquie, le Qatar, Israël sans oublier les Etats-Unis de Trump et la France de Macron... 2017 a été marquée par un regain d'intérêt prégnant des grandes puissances internationales pour l'Afrique. Entre positionnements géopolitiques et stratégies de développement économique, l'Afrique a été au cœur des positionnements internationaux pendant l'année qui se termine. Morceaux choisis par La Tribune Afrique.

L'arrivée au pouvoir de Xi Jinping marque l'entrée de la Chine dans l'ère de projection de puissance et de la construction d'une image via le «soft power». Cette «guerre» d'influence est frappante en Afrique où la Chine vient supplanter les pays européens dans leurs pré carrés pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques et industriels afin de consolider sa puissance économique. Loin des considérations mercantiles, la Chine veut faire de l'Afrique le terrain de construction de son image et ambitionne d'y exporter son modèle souvent posé en alternative au modèle américain ou européen.

En 2017, cette dynamique n'a pas faibli et la Chine a continué à user de sa «politique du chéquier» pour étendre son influence sur les pays d'Afrique, si bien que Pékin a pu réduire les soutiens de sa «rivale» Taïwan à seulement deux Etats (le Burkina Faso et le Swaziland) après que Sao Tomé-et-Principe ait tourné le dos à Taipei.

2017 aura été marquée par l'entrée en scène du «hard power» chinois. En effet, c'est à Djibouti que la Chine a déployé sa première base militaire hors de ses frontières. Ce sont ainsi bel et bien des soldats chinois qui stationnent dans une base dans la très stratégique zone de la Corne de l'Afrique.

Dans une publication de juin 2017, McKinsey estime à plus de 10 000 entreprises chinoises actives sur le Continent. Une présence qui a grandement contribué au dynamisme de l'économie africaine, avec à la clé la création d'emplois, le transfert de connaissances et de technologies. En moins de deux décennies, les échanges commerciaux ont connu une hausse moyenne annuelle de 20% et même de 40% pour les investissements chinois en Afrique.

Mais pour l'instant, selon Mathieu Duchâtel, expert de l'Asie et de la Chine en particulier, «l'Afrique ne figure pas vraiment dans le projet de la nouvelle route de la soie [«One Belt, One Road»] chinoise qui se concentre sur la voie traditionnelle. C'est dans ces zones-là qu'il y a un appui fort du gouvernement central aux entreprises pour qu'elles investissent. Pour l'instant je ne vois pas encore cette volonté de transformer localement ou de s'appuyer sur certains pays africains».

La tempête Trump

Dans l'histoire présidentielle américaine, rares ont été les discours de victoire aussi non-interventionnistes que celui prononcé ce 8 novembre 2016 par Donald Trump. Une posture -à l'image d'un «Captain America» qui se recroqueville derrière son bouclier étoilé- qui n'est pas pour déplaire à une certaine catégorie d'élites africaines qui ne jurent que par la non-ingérence.

En 2017, Donald Trump a brillé en Afrique -comme dans le reste du monde- par ses positions polémiques. L'on retiendra dès janvier la mise en œuvre théâtrale de ses promesses électorales anti-immigration, en actant le renvoi de migrants africains, notamment kényans et somaliens.

Car il faut bien le dire, pour Trump, l'Afrique est d'abord une opportunité de business : «L'Afrique a un potentiel exceptionnel pour les affaires. J'ai beaucoup d'amis qui vont dans vos pays pour essayer de devenir riches. Ils dépensent beaucoup d'argent [...] Et pour les entreprises américaines, c'est vraiment devenu un endroit où elles doivent se rendre, elles veulent s'y rendre», distillait-il aux chefs d'Etats africains en marge de la 72e session de l'AG des Nations Unies qui s'est tenue en septembre 2017.

Quelques jours plus tard, Donald Trump inscrivait le Tchad sur «sa» liste noire des pays dont les ressortissants sont interdits d'entrée aux Etats-Unis, aux côtés de l'Iran, la Libye, la Syrie, la Somalie, le Yémen, le Venezuela et la Corée du Nord.

France : Macron entre volontarisme et polémiques

L'élection d'Emmanuel Macron à la présidence française en 2017 a de quoi inspirer en Afrique. Sa jeunesse ainsi que sa fulgurante ascension politique en marge du système traditionnel ont autant fasciné sur le Continent où ce parcours relève presque de l'impossible.

Passées cette première impression et les premières réactions officielles, le président français a fait parler de lui en Afrique de manière moins idyllique et a même été à l'origine de plusieurs polémiques qui ont enflammé la Toile africaine et les opinions publiques. Après avoir mené sa première visite officielle en Afrique au Maroc en juin, juillet 2017 a été marqué par les propos du président français au sujet des défis que pose la «surnatalité» en Afrique, ce qui n'a pas manqué de soulever un tollé et quelques réactions de chefs d'Etat.

Macron a également fait le «buzz» à la veille du Sommet UA-UEqui s'est tenu à la fin d mois de novembre à Abidjan, lors d'un discours suivi d'un débat avec des étudiants au Burkina Faso, que la presse française a appelé le «Show de Ouagadougou».Le «débat citoyen» d'après-discours entre Emmanuel Macron et les étudiants présents dans l'amphithéâtre Kadhafi de l'Université Joseph Kizerbo s'est fait dans un dialogue de sourds, tantôt sous les huées, tantôt sous les applaudissements. Mais il illustre bien le gouffre qui sépare encore la France et les pays africains. Un échange marqué par le désormais fameux «Je ne veux pas m'occuper de l'énergie au Burkina Faso. C'est le travail du président [Kaboré]», lancé par Macron. Un manque de tact diplomatique qui a provoqué le départ de la salle du président Roch Marc Kaboré pendant quelques minutes en pleine séance des questions-réponses. «Du coup, il [Roch Marc Kaboré] est parti réparer la climatisation», ironise Macron. Le président burkinabé reviendra quelques minutes plus tard.

Le forum dédié à l'Afrique qui s'est tenu le 23 mars 2017 à Francfort est la meilleure illustration d'une Allemagne qui tente de réduire la distance entre ses entreprises et les pays africains. L'événement qui a réuni responsables politiques et hommes d'affaires avait comme principal objectif de positionner la première puissance économique européenne là où la croissance n'est pas prête à s'essouffler. En dépit d'un volume de transactions commerciales annuelles avec l'Afrique atteignant les 60 milliards de dollars, l'Allemagne traîne derrière la France ou encore la Chine qui ont déployé davantage d'efforts pour saisir des opportunités commerciales.

Autre illustration du positionnement africain du pays d'Angela Merkel, en marge de la Conférence qu'elle organise les 12 et 13 juin à Berlin, l'Allemagne a annoncé une enveloppe supplémentaire de 300 millions d'euros en faveur de trois pays africains dans le cadre de son «Compact with Africa». Sur les sept pays ayant déjà adhéré à l'initiative allemande, le Ghana, la Côte d'Ivoire et la Tunisie ont été sélectionnés en raison des réformes qu'ils ont engagées en matière de bonne gouvernance. Pour l'Allemagne qui a œuvré pour mobiliser le G20 en faveur de l'Afrique en 2017, l'objectif au-delà de l'aide est d'intensifier les investissements sur le Continent, afin notamment de faire face aux défis migratoires.

En février 2017, l'Allemagne s'est également positionnée sur les relations de dépendance qui concernent le continent africain. Le gouvernement fédéral a ainsi plaidé pour une coopération sur un pied d'égalité qui mettrait fin à la relation «donateurs-bénéficiaires» qui a prévalu jusqu'ici entre l'UE et l'Afrique.

C'est tout l'objet d'un rapport du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du développement, fraîchement publié et dans lequel le département de Gerd Müller expose la vision de Berlin de ce que devrait être les relations entre l'Afrique et l'UE à partir de 2017. Le ministère propose un «Plan Marshall» fondé sur trois piliers : économie, commerce et emploi ; paix et sécurité ; et démocratie et Etat de droit. Pourtant, si la CNUCED a jugé ce «Plan Marshal de Merkel» encourageant, l'initiative «One Belt, One Road» de la Chine a été jugée «plus ambitieuse».

La Turquie ne lâche pas ses parts de marché

Après l'Afrique de l'Ouest début 2016, Recep Tayyip Erdoğan, le président turc, a entamé en décembre 2017 une nouvelle tournée qui a commencé par Khartoum chez le Soudanais Omar El Béchir, avant de se poursuivre à Tunis chez Béji Caïd Essebsi et à N'Djamena chez le Tchadien Idriss Deby Itno. Pressée de nouer des relations avec l'Afrique, la Turquie y cherche surtout de l'influence. Burundi, Ethiopie, Sénégal, Tanzanie, Mali, Gabon ont notamment renforcé leurs relations diplomatiques et économiques avec la Turquie en 2017.

L'offensive turque est d'abord économique pour une puissance montante qui cherche des marchés pour ses entreprises réunies au sein de la puissante TUSKON, le patronat turc qui porte à bout de bras presque les déplacements du président turc. Dans la foulée du rush des puissances comme la Chine, Israël, les EAU, le Japon, les Etats-Unis et aujourd'hui le Maroc, la Turquie veut aussi sa part de marché en Afrique. Les investissements turcs en Afrique se chiffrent aujourd'hui à plus de 5 milliards de dollars.

Le Qatar tente de sauver les meubles dans ses relations avec l'Afrique

Seulement quelques mois après la rupture des relations diplomatiques entre Doha et l'Arabie Saoudite, le Qatar qui semble isolé au Moyen-Orient est à la recherche de nouveaux partenaires, notamment en Afrique. Le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, l'émir du Qatar, a bouclé le 24 décembre 2017 une tournée ouest-africaine qui l'a mené dans six pays du Continent.

Quelques mois avant, le Qatar faisait parler de lui en Afrique dans une polémique de toute autre nature. Dans un communiqué officiel publié le 23 août, le Tchad a annoncé avoir décidé la fermeture de l'ambassade du Qatar à N'Djamena. Le pays d'Idriss Déby accuse Doha de continuer dans les «tentatives de déstabilisation du Tchad à partir de la Libye». La décision du Tchad, qui a déjà rappelé son ambassadeur pour consultation en juin, fait certainement suite aux événements du weekend avec l'attaque par un groupe rebelle lourdement armé d'une patrouille de l'armée à la frontière avec la Libye.

Les raisons de la décision des autorités tchadiennes de fermer l'ambassade du Qatar à Ndjamena et de rapatrier son personnel diplomatique en poste à Doha sont en relation avec Timane Erdimi, neveu du président Déby et chef rebelle en exil depuis 2009 au Qatar. Le Tchad réclamait depuis des mois son extradition, mais face à la réticence du Qatar et certainement galvanisé par les implications africaines de la crise du Golfe, le gouvernement tchadien a décidé de sévir, quelques jours après que des éléments considérés comme des rebelles appartenant à l'UFR de Timane Erdimi, aient attaqué une unité de l'armée tchadienne à partir de la Libye.

Israël : Business as usual, mais...

Très attendu sur le Continent comme dans l'Etat hébreu, le sommet Afrique-Israël prévu en 2017 à Lomé a été finalement reporté sine die. Officiellement, le Togo, pays hôte, et Israël expliquent le report par un besoin de mieux préparer cette grand-messe israléo-africaine. Officieusement, le front social tendu à Lomé et les réticences de certains pays africains à accueillir ce sommet sur le Continent ne sont pas étrangers à cette décision. Mais Benjamin Netanyahu n'a pas pour autant laissé l'Afrique de côté en 2017. L'offensive israélienne en Afrique obéit d'abord à des intérêts géopolitiques, mais en embuscade, les entreprises israéliennes convoitent également leur part du gâteau du potentiel de croissance du Continent.

Le Sénégal et Israël ont décidé de mettre fin à leur crise diplomatique en marge du 51e sommet de la CEDEAO, tenu le 4 juin à Monrovia au Liberia. Une crise née au mois de décembre 2016, après que le Sénégal ait voté en faveur d'une résolution onusienne interdisant les implantations israéliennes en Cisjordanie.

Egalement, le président rwandais a effectué une visite de deux jours en Israël en juillet 2017. Accueilli avec tous les honneurs par les autorités de l'Etat hébreu, Paul Kagamé est considéré comme l'un des principaux alliés d'Israël en Afrique. A l'heure où l'Etat hébreu lance une véritable offensive sur le Continent, le Rwanda compte profiter des opportunités d'investissements ainsi ouvertes afin de drainer plus d'IDE israéliens pour accompagner sa stratégie de développement.