Ancien responsable de projets du Fonds des investisseurs et entrepreneurs africains (Fonds IEA), actuellement associé-gérant de NGBI Group, un cabinet spécialisé dans l'ingénierie de projet, l'ingénierie financière, la stratégie, l'organisation et les conseils, ce publiciste et administrateur de projet certifié PMD Pro, décortique pour La Tribune Afrique les difficultés de l'entrepreneuriat en Afrique en général et au Togo en particulier.

LTA : L'entrepreneuriat aujourd'hui en Afrique apparaît de plus en plus comme la solution pour la jeunesse. Et au Togo, les autorités en sont aussi convaincues. Quel jugement portez-vous sur les diverses initiatives gouvernementales pour encourager l'entrepreneuriat?

Didier Okpodjou : Ces dernières années sur tout le continent on peut remarquer que les dirigeants ont commencé à s'intéresser à l'entrepreneuriat vu le nombre de jeunes chômeurs qui devenait de plus en plus inquiétant pour les politiques. J'avoue que c'est une apparence que l'entrepreneuriat soit la solution à la problématique de l'emploi des jeunes en Afrique. Il s'agit en réalité, selon la forme que cela prend, pour les gouvernants, de se débarrasser ou encore de se déresponsabiliser face à leurs obligations à l'égard de la jeunesse.
Au Togo je félicite pourtant les initiatives gouvernementales parce qu'elles permettent de réaliser des objectifs quantitatifs des projets. Mais l'objectif réel, qualitatif, est loin d'être atteint à l'analyse de la bande entrepreneuriale au Togo. Ces programmes et projets gouvernementaux ne génèrent que des créateurs d'entreprises et non des entrepreneurs. En effet, l'objectif de la promotion de l'entrepreneuriat dans un pays n'est pas seulement la création de l'emploi, mais également le concours de ces entreprises au renforcement de l'économie nationale à travers le payement de leurs redevances fiscales. Alors que lorsque vous analysez le cas togolais vous conviendriez avec moi, que nous faisons face à une grande quantité de jeunes entreprises, avec un taux de mortalité extrêmement élevé, une capacité managériale très faible et sans aucun concours réelle à l'économie nationale.

Vous qui avez dirigé un fonds qui vient en aide aux jeunes qui décident d'entreprendre, d'après votre expérience, par rapport aux autres pays de la sous-région, peut-on dire que le jeune togolais entreprend?

Comme je viens de le dire, l'entrepreneuriat est un concept profond que nous ne saurons intégralement détailler ici. Mais comprenons simplement que devenir entrepreneur, découle d'un processus d'apprentissage graduel et continu. Il ne s'agit pas d'un événement spontané comme le deviennent la majorité des jeunes togolais. Vous verrez au Togo, un jeune de 20 ans qui a le BAC devenir entrepreneur après 2 semaines de formation en entrepreneuriat parce que les institutions publiques en donnent l'opportunité. Alors que pour tout vous dire, un vrai entrepreneur, c'est celui qui a déjà servi en tant qu'employé. Les jeunes togolais veulent tous devenir des chefs d'entreprises et surtout ne veulent pas travailler de façon collégiale pour un meilleur aboutissement de leurs projets d'entreprises.

L'accès au financement est l'une des difficultés sur le terrain. Est-ce un problème systématique ou bien c'est plutôt les projets des jeunes qui manquent de qualité ?

Le financement en soi est un risque pour celui qui finance, que ce soit les institutions publiques, le promoteur ou encore les institutions privées. Alors, lorsque vous êtes un réel analyste financier, un jeune créateur d'entreprise avec le profil que je viens de vous décrire, sans expériences professionnelles et voulant forcément faire aventure seul, ne saura vous séduire. Il est impératif de revoir le concept ''entrepreneuriat'' et redéfinir le profil d'un entrepreneur au Togo.

Généralement dans les autres pays, on voit que les ''aînés'' prennent des dispositions pour accompagner les jeunes à réussir dans les initiatives entrepreneuriales. Qu'en est-il du paysage togolais ? Que fait le NGBI Group en ce sens ?

Dans les autre pays, cela marche parce que les jeunes se soumettent au processus graduel d'apprentissage. Au Togo, les initiatives gouvernementales ne préparent pas les jeunes à cela. Et même je me permets de le dire, l'Etat Togolais, n'est pas lui-même ''un bon entrepreneur'', puisque le système éducatif qui date de l'époque coloniale est toujours appliqué au Togo. Par exemple, les jeunes ne sont pas initiés aux initiatives entrepreneuriales dès les cours élémentaires comme dans la plus part des pays anglophones. NGBI Group que j'ai l'honneur de diriger, œuvre vraiment à créer avec les autorités publiques togolaises et africaines un modèle typiquement africain d'entrepreneuriat. Au Togo, nous sommes donc en pourparlers avec les institutions concernées ainsi que les départements gouvernementaux qui ont des projets à caractère économique, le ministère en charge de l'agriculture par exemple, afin de créer un modèle original d'entrepreneuriat basé sur les réalités locales et propre au pays.
Il faut que nos États africains arrêtent de s'inscrire dans les compétitions mondiales d'entrepreneuriat de sorte à satisfaire des indicateurs ou critères mondiaux qui ne sont pas en concordance avec nos réalités. Ce modèle tel que conçu est soutenu par 3 axes notamment : la cible, c'est-à-dire, l'entrepreneur lui-même, la polarisation pour la segmentation, puis la rentabilité de l'investissement. Il s'agit donc de repenser l'entrepreneuriat en en faisant un système de ''mentoring'' où les postulants ont une référence, sont prêts à apprendre, à travailler en équipe et constituer eux-mêmes leur capital initial.

Certains jeunes estiment que l'entrepreneuriat n'est pas leur monde. Vous disiez que tout le monde peut entreprendre ?

Si tout le monde devait être entrepreneur, personne ne pourra servir dans l'entreprise de l'autre. Mais retenons qu'on ne naît pas entrepreneur, on le devient. C'est facile de créer une entreprise, mais entreprendre, manager à assurer la survie d'une entreprise, n'est pas choses aisée. Courage aux entrepreneurs africains