Faut-il avoir moins de 30 ans, voire être au début de sa vingtaine à l’instar des Mark Zuckerberg, Bill Gates et Steve Jobs, pour créer une start-up à succès ? Contrairement à l’image du jeune « geek » que nous renvoie la Silicon Valley, l’entrepreneur « successful » est bien plus âgé que ce que l’on pourrait croire. Il a plus de 40 ans, annonce une étude.

On l’imagine tout juste sorti de l’école – voire plaquant ses études avant l’obtention de son diplôme – pour se lancer, dans l’aventure entrepreneuriale. Tout jeune, dans la Silicon Valley, et rencontrant un succès fulgurant. Le portrait ressemble fort à celui de Mark Zuckerberg, qui a lancé le réseau social Facebook en 2004, depuis sa chambre d’étudiant à Harvard dont il n’a été diplômé, et à titre honorifique, qu’en 2017. Treize ans plus tard, Mark Zuckerberg est la 5ème personnalité la plus riche au monde, selon le classement Forbes des milliardaires. On pense aussi à Bill Gates, 20 ans également quand il crée Microsoft, après seulement deux ans à l’université. Ou à Steve Jobs, 21 ans quand il lance Apple, après avoir abandonné ses études.

Alors, faut-il avoir 20 ans pour monter sa start-up et la voir devenir parmi la plus grande entreprise au monde ? Que nenni ! Selon l’étude « Age et entrepreneuriat à forte croissance » du National bureau of economic research, l’âge moyen des fondateurs qui réussissent est de 42 ans. Voire 45 ans pour les entreprises à croissance rapide.

Les chercheurs Pierre Azoulay, Benjamin Jones, J. Daniel Kim et Javier Miranda ont voulu voir au-delà de ces cas emblématiques, et rarissimes. Ils ont analysé les données administratives du recensement et les 2,7 millions de fondateurs d’entreprise entre 2007 et 2014 qui embauchent au moins un employé pour étudier le lien entre l’âge et la croissance d’une entreprise.

1,8 fois plus de chance de réussite pour les quinquagénaires

« Notre principale conclusion est que les entrepreneurs qui réussissent sont d’âge moyen, pas jeunes », indiquent les chercheurs. En étudiant « la croissance ex post de chaque entreprise, nous ne trouvons aucune preuve suggérant que les fondateurs dans la vingtaine sont particulièrement susceptibles de réussir ». « Au contraire, toutes les preuves indiquent que les fondateurs ont particulièrement réussi quand ils étaient d’âge moyen ou au-delà au démarrage de leur entreprise. »

Première surprise donc, sur les 2,7 millions de fondateurs, l’âge moyen au lancement est de 41,9 ans. Deuxième surprise, l’âge moyen des nouvelles entreprises ayant les plus fortes croissances est de 45 ans. Un fondateur âgé de 50 ans aurait même 1,8 fois plus de chance de réussir, selon l’étude. Et ceci peu importe le secteur ou la zone géographique.

Le rôle de l’expérience

« Le point de vue selon lequel les jeunes produisent les entreprises à plus forte croissance est en partie un rejet du rôle de l’expérience », soulignent les chercheurs testant l’idée selon laquelle l’expérience réduirait la capacité à créer de nouvelles idées. Là encore, un mythe s’effondre. « Nous constatons que l’emploi dans le secteur spécifique prédit une probabilité beaucoup plus grande d’une croissance élevée, augmente le taux de réussite de 125%. » Et plus le fondateur connaît le milieux, plus le taux de réussite est élevé.

Même dans le cas de Steve Jobs qui a lancé Apple à 20 ans, ce n’est qu’autour de 48 ans que son entreprise a vraiment connu un pic en bourse, soit une vingtaine d’années après sa création. Qui sait ce que sera devenu Facebook quand Mark Zuckerberg aura passé 45 ans ?

Une seule fois dans cette étude, les moins de quarante ans semblent tirer leur épingle du jeu : celle des entreprises financées par le capital-risque à New York où l’âge moyen des fondateurs est de… 38,7 ans.