Et si on pouvait prévenir l’obésité infantile en intervenant dès la grossesse, avant même que l’enfant soit né, grâce à de saines habitudes de vie familiale? C’est l’idée que Luigi Bouchard, professeur au département de biochimie de l’Université de Sherbrooke, présentera lors du 86e congrès de l’ACFAS, à Chicoutimi.

Il s’intéresse tout particulièrement à l’influence des facteurs environnementaux, comme l’alimentation de la mère, sur les gènes du fœtus. Un phénomène qui fait intervenir des mécanismes dits «épigénétiques», ce qui signifie littéralement «sur le génome». L’épigénétique désigne en fait l’ensemble des modifications induites par l’environnement qui peuvent influencer l’expression des gènes, sans pour autant changer l’ADN (en ce sens, elles diffèrent des mutations, qui sont définitives).

«Mon but est d’identifier les facteurs intra-utérins auxquels les enfants sont exposés et qui sont associés à une obésité dans l’enfance», explique le chercheur. Il travaille notamment auprès de femmes ayant un diabète gestationnel. «Lorsque le diabète n’est pas traité, les bébés naissent très gros. Ils ont été exposés à des taux de glucose trop élevés pendant leur développement, et leurs cellules gardent en mémoire cette exposition.» Résultat, ils ont plus de risque d’être obèses ou diabétiques plus tard. Un peu comme si l’obésité était «programmée» à l’avance, dès la grossesse.

Santé programmée?

Ainsi, ce qui se passe dans l'utérus laisse de véritables «traces» sur le génome des enfants, qui influencent par la suite leur métabolisme. «C’est ce qu’on appelle la programmation métabolique fœtale», dit le biochimiste.

Pour identifier les régions de l’ADN ayant des marques épigénétiques potentiellement liées à l’obésité, son équipe a déjà passé au crible 450 placentas. Le chercheur s’intéresse tout particulièrement à un certain type de modifications épigénétiques, les méthylations, c’est-à-dire l’ajout, à certains endroits du génome d’un groupement méthyle (CH3). La méthylation se fait généralement juste en amont des gènes, et a alors pour effet de réprimer l’expression génique, via différents mécanismes.

Lors du congrès de l’ACFAS, Luigi Bouchard présente ses résultats dans une session consacrée… à l’asthme. «L’asthme est, comme l’obésité, une maladie non transmissible qui peut être influencée par l’environnement. De plus, les enfants obèses ont plus de risques de développer de l’asthme et des allergies. Il y a peut-être des mécanismes physiologiques communs», indique-t-il.

Les maladies non transmissibles, comme les maladies cardiovasculaires, métaboliques ou respiratoires, tuent chaque année dans le monde plus de 40 millions de personnes, ce qui représente 70% des décès. Dues à une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux, ces maladies gagnent du terrain partout dans le monde.

Luigi Bouchard va donc collaborer avec Catherine Laprise, chercheuse à l’Université du Québec à Chicoutimi et titulaire de la Chaire de recherche en santé du Canada sur l’étude des déterminants génétiques de l’asthme. «Nos intérêts convergent. Ce qu’on souhaite, à long terme, c’est mettre en place des interventions précoces en grossesse, et même en période préconceptionnelle, pour favoriser la santé des enfants. Les 1000 premiers jours de développement (NDLR, entre le début de la grossesse et le deuxième anniversaire d’un bébé) sont une période clé pour la santé», rappelle le chercheur.