Erica, un robot humanoïde mis au point par le célèbre roboticien japonais Hiroshi Ishiguro, devrait « présenter » un journal télévisé en avril prochain. La nouvelle peut sembler anecdotique mais vient tout de même questionner la place des robots dans notre société.

Laurent Delahousse n’a qu’à bien se tenir car, à en croire le roboticien japonais Hiroshi Ishiguro, le futur des journaux télévisés va se faire avec … les robots. C’est en tout cas ce que pourrait laisser présager l’arrivée prochaine d’Erica, un robot humanoïde, à la présentation du JT d’une chaîne japonaise (encore inconnue), à compter du mois d'avril, comme l'a confié Ishiguro au Wall Street Journal.

Disposant d’un système de synthèse vocale très performant, l’automate est uniquement capable de réciter un texte entré au préalable dans sa base de donnée. Dans le costume de la présentatrice de JT, elle devrait donc simplement réciter son texte, écrit par des journalistes, face caméra.

Erica n’est encore qu’un outil ultra réaliste plutôt qu’un être réflexif

L'androïde, âgée de 23 ans selon Ishiguro, peut aussi suivre le regard de son interlocuteur grâce à une quinzaine de capteurs infrarouge et un logiciel de reconnaissance faciale. Incapable de bouger les bras ou d’avoir une discussion soutenue avec une interlocuteur, Erica n’est encore qu’un outil ultra réaliste plutôt qu’un être réflexif.

Sur la même idée, Xiaoice un chatbot (agent conversationnel) développé par Microsoft, fut le premier programme informatique à présenter une rubrique en direct à la télévision en 2015. Mais pas de robot humanoïde, à l'époque, pour réciter le texte sur le plateau.

Cela fait 4 ans qu'Hiroshi Ishiguro essaye de présenter ses créations en direct à la télévision. Déjà en 2014, deux robots nommés Kodomoroid et Otonaroid, créés par ce dernier, présentaient l'actualité du pays au Musée National des Nouvelles Sciences et de l'Innovation (Miraikan) à Tokyo. A l’époque, les deux automates avaient pour vocation officielle d’être au contact des visiteurs pour recueillir les réactions humaines face aux informations transmises par des machines. Mais la démarche était vraisemblablement un test grandeur nature pour le roboticien et ses créations.

Un roboticien visionnaire ?

Hiroshi Ishiguro défraie régulièrement la chronique avec ses automates plus vrais que nature, qu'il met au point depuis plus de 15 ans, à l'Intelligent Robotics Laboratory (Laboratoire de robotique intelligente), rattaché à l’université d’Osaka, qu'il dirige. Ishiguro est même allé jusqu’à créer sa réplique robotique parfaite qu’il présente autour du monde devant des spectateurs médusés par tant de ressemblance.

 Hirsoshi Ishiguro et son double robotique
Hirsoshi Ishiguro et son double robotique
Image: © Rubra / Ars Electronica

Pour Ishiguro, « créer des androïdes consiste à explorer ce que cela signifie d’être humain ». Il espère à terme pouvoir donner une véritable conscience à ses créations, allant même jusqu'à les doter d’une « âme »... Le but étant « d'examiner ce qui constitue l'émotion, la conscience, la pensée.»

La vallée dérangeante

L'arrivée prochaine d'Erica aux manettes d'un journal télévisé remet au goût du jour la théorie de la robotique bien connue de la vallée dérangeante, selon laquelle plus un androïde ressemble à un humain, plus ses imperfections semblent monstrueuses.

 Schéma expliquant la théorie de la Vallée Dérangeante
Schéma expliquant la théorie de la Vallée Dérangeante
Image: © Smurrayinchester

Hiroshi Ishiguro estime pourtant avoir franchi cette barrière comme il l’expliquait dans un article du Monde en 2016 : « Mon androïde fait un peu peur. La “vallée de l’étrange” vient d’un déséquilibre dans les mouvements, notamment du visage. On a travaillé dessus pour améliorer les performances de nos nouveaux robots et rendre leurs mouvements plus humains. Ça fonctionne plutôt bien. »

« Quelle belle époque nous vivons »

« La société des robots » que le roboticien japonais espère créer d’ici quelques années est déjà en marche. Près de Nagasaki, un hôtel presque uniquement géré par des robots a ouvert ses portes en 2015. Seuls les changement des draps et la sécurité de l'hôtel sont gérés par des humains. Plus récemment en novembre 2017, l’Arabie Saoudite a accordé la nationalité au robot humanoïde Sophia, d'Hanson Robotics, et ce « alors que des millions de personnes patientent, apatrides. Quelle belle époque nous vivons », déplorait le journaliste anglo-libanais Kareem Chahayeb.

Sophia, le robot humanoïde ayant reçu la nationalité saoudienne
Sophia, le robot humanoïde ayant reçu la nationalité saoudienne
Image: © ITU/R.Farrell

Malgré le coup de com d'Hiroshi Ishiguro, Laurent Delahousse peut dormir sur ses deux oreilles : Erica est encore bien loin d'être une alternative viable aux journalistes. Le développement des algorithmes rédacteurs semble en revanche constituer un danger moins fictif pour la profession.