Notre monde n'est qu'au début d'un cycle de perturbation massive à long terme. L'un des moteurs de cette perturbation est la mondialisation, mais les nouvelles technologies apporteront encore plus de changements. Il n'est pas exagéré de comparer le changement à venir avec l'arrivée de l'électricité. Nous verrons bientôt disparaître des catégories entières d'emplois ; des millions de personnes se sentent déjà abandonnées et privées de leurs droits.

L'enseignement est la clé pour gérer les défis à venir. L’économie du futur sera fondée sur la connaissance. C'est pourquoi nous devons nous appuyer sur l'éducation pour aider les gens à traverser cette vague de changement et leur donner les compétences nécessaires aux nouveaux emplois du XXIe siècle.

Notre monde rencontre toutefois un problème : la plupart des systèmes éducatifs ont été conçus pour répondre aux besoins du XXe siècle. L'enseignement supérieur, par exemple, n'a pas été conçu pour fournir les compétences nécessaires aux changements à venir, et, pire encore, il est devenu difficile d’y accéder à cause du coût des frais de scolarité et du matériel pédagogique.

Si vous voulez la preuve que le système ne fonctionne pas, demandez aux diplômés s'ils possèdent les compétences dont nos économies ont besoin. Ou si les compétences acquises leur permettent d’envisager avec confiance la dette abyssale contractée pour obtenir leur diplôme.

 Les compétences souhaitables d’un candidat à l’emploi et leur évolution dans le temps.
Les compétences souhaitables d’un candidat à l’emploi et leur évolution dans le temps.

Quelle est la cause de cet échec systémique et comment y remédier ?

Commençons par le statu quo. Les étudiants peuvent vouloir modifier le système parce qu'il ne fonctionne pas pour eux, mais ils ne sont pas en mesure de prendre la tête du changement.

Les grandes réformes de l'éducation ne sont pas non plus la solution. Provenant du sommet, elles sont trop lentes et trop lourdes à mettre en place. L'innovation doit au contraire venir de la base.

Quelle est la réponse ? On pourrait appeler ça l'approche « soft ». Comme dans une start-up, les enseignants devraient pouvoir innover, échouer rapidement (ce qu’on appelle le « fail fast ») et être récompensés pour les idées qui font la différence. Chaque salle de classe, chaque cours, chaque lycée et chaque université doit trouver des solutions qui correspondent à ses problèmes et, surtout, qui répondent aux besoins de ses étudiants.

Dans cette nouvelle approche éducative « soft », l’élément principal est le savoir proprement dit. Une grande partie du savoir est aujourd’hui piégée dans les manuels scolaires, mais la technologie numérique peut l’en libérer en offrant aux étudiants de nouvelles plates-formes d'apprentissage et de nouvelles façons de s'approprier les connaissances. Si nous éliminons les vieux obstacles qui empêchent les étudiants d'accéder au savoir, nous mènerons à la victoire les enseignants, les étudiants, les auteurs et les éditeurs.

Ce changement a déjà commencé dans l'industrie de l'édition scolaire. Partout où la perturbation opère, il ne reste qu’à choisir si elle doit venir de soi-même ou de l’extérieur.

Nous savons tous ce qui est arrivé aux secteurs de la musique et des médias. Si nous ne bouleversons pas nos propres modèles d'affaires, nous suivrons rapidement le même chemin. Cela signifierait le pire pour tous les créateurs de contenu et laisserait l'enseignement supérieur à la dérive dans un maelström de « connaissances » et d'informations soit douteuses soit carrément fausses. En tant que sociétés, nous ne pouvons permettre que cela se produise.

En d'autres termes, l'enseignement supérieur a besoin de son moment Netflix. En raison de la puissance accumulée par un contenu aussi ancien que celui des manuels scolaires, et du coût et de la difficulté à créer un mode de distribution satisfaisant au sein d’un marché fragmenté, je ne crois pas que le changement à court terme sera le fait d’acteurs extérieurs. Il n'y aura pas non plus de big bang, car aucun système éducatif ne peut se le permettre.

Il faudra sans doute développer de nouveaux modèles économiques qui satisferont les enseignants comme les étudiants, en leur donnant à la fois les outils numériques qu'ils veulent et la flexibilité financière dont ils ont besoin. Il ne s'agit pas de jeter les connaissances et les manuels existants. Il s'agit au contraire d’exploiter le matériel pédagogique éprouvé actuel, bien connu des professeurs et des étudiants, et de l'améliorer.

Le matériel pédagogique du XXIe siècle doit soutenir les modèles interactifs d'enseignement et d'apprentissage. Il doit encourager une collaboration étroite entre les enseignants et les étudiants. Plus important encore, il doit aussi réduire considérablement le fardeau financier des étudiants.

Un tel changement se répercutera au sein du système d'enseignement supérieur dans son ensemble. Les auteurs de manuels pourront s’intéresser aux systèmes qui mesurent et récompensent réellement le succès. Les enseignants auront plus de liberté dans le choix de leur matériel pédagogique et pourront enseigner plus efficacement. Cela mettra fin à l'ère des supports d’informations périmés en université - un problème courant du fait de la rapidité des avancées technologiques.

Quant aux éditeurs, ils devront réellement révolutionner leur activité. Il n'y aura pas un modèle de publication unique qui définirait l'avenir de l’enseignement. Chaque matière, chaque langue et chaque pays sera soumis à son propre processus « fail fast » d'innovation éducative.

Si nous voulons que les étudiants d'aujourd'hui soient en mesure d’affronter la quatrième révolution industrielle, commençons à changer le système d'enseignement supérieur.